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samedi 26 août 2017

Adar - Retour à Yirminadingrad....un recueil collectif de nouvelles

Titre : Adar - Retour à Yirminadingrad
Auteurs français : Stéphane Beauverger, David Calvo, Alain Damasio, Mélanie Fazi, Vincent Gessler, Léo Henry, Sébastien Juillard, Laurent Kloetzer, luvan, Norbert Merjagnan, Anne-Sylvie Salzman et Maheva Stephan-Bugni - d’après les dessins de Stéphane Perger
Dessinateur : Stéphane Perger
Première édition en 2016
Catégorie : recueil de nouvelles fantastiques et SF
310 pages

Photo du livre

Envie d’errer dans une ville qui suinte le marasme et le provoque chez le lecteur ? Adar – Retour à Yirminadingrad est fait pour vous. Passez chez Charybde ou Scylla vous procurer ce recueil édité par Dystopia, armez-vous d'antidépresseurs, inspirez un grand bol d’air et lancez-vous !

Yirminadingrad est une ville imaginaire, située en bordure de la mer noire, créée par Léo Henry et Jacques Mucchielli il y a plus de dix ans maintenant. Adar – Retour à Yirminadingrad est le quatrième opus se passant dans cette ville, et peut se lire indépendamment des trois premiers, que je n’ai d’ailleurs pas encore lus.

Les deux premiers opus (Yama Loka Terminus et Bara Yogoï - sept autres lieux) sont de Léo Henry et Jacques Mucchielli. Pour le troisième (Tadjélé – Récits d'exil) Laurent Kloetzer s’était rajouté dans l’aventure. Avec Adar – Retour à Yirminadingrad, le nombre d’auteurs bondit, puisqu’ils sont désormais douze.

Cet opus, comme les précédents, se compose de nouvelles. Treize textes, douze auteurs. Chacun étant ainsi l’auteur d’au moins une nouvelle. Impossible néanmoins de savoir à quel auteur rattacher quelle nouvelle : l’information ne nous est volontairement pas communiquée, ce qui m’a pour ma part assez frustré. Lire un recueil écrit par douze auteurs aurait pu être un bon moyen de découvrir de nouveaux noms, et ainsi me reporter à leurs bibliographies respectives. Seuls ceux qui sont déjà des habitués de ces auteurs parviendront à deviner les rattachements. Pour ma part, je connaissais six auteurs sur les douze, et cela ne m’a permis d’en reconnaître qu’un.

Notons au passage l’originalité du processus de création littéraire : chaque auteur a reçu un dessin de Stéphane Perger, qui devait servir de point d’appui à l’écriture de chaque nouvelle. Vous pouvez en voir quelques exemples plus bas.

A quoi ressemble Yirminadingrad ? Difficile de vous la décrire avec précision, car selon les nouvelles son visage n’est jamais le même. En grande partie parce qu’il n’y a pas de cadre temporel figé, on sent bien que l’action ne se passe pas toujours à la même époque. Seule constante : Yirminadingrad est une grosse ville qui a connu l’effroi – une guerre civil et des explosions nucléaires – et en conserve les stigmates. Et ce sont justement ces stigmates qui varient : parfois la ville semble simplement en déliquescence économique et fonctionne encore, parfois elle ressemble à un bidonville géant, parfois elle tient encore debout mais s’est vidée de ses habitants, parfois enfin elle a été réduite en poussière.

Etant donné ces nombreuses variations, on peut même en venir à se demander si Yirminadingrad existe réellement. Peut-être y-a-t-il plus d’unité dans les trois premiers opus ; mais je présume que non.

Ecrire sur Yirminadingrad, c’est donc avant toute écrire sur des thématiques : celle du marasme urbain, de la survie dans le chaos ou encore de la vengeance. Voici un aperçu de quelques nouvelles, pour que vous puissiez en juger, accompagné des dessins de Stéphane Perger qui les ont inspirées :



Cette lumière couleur de rouille
  • "Cette lumière couleur de rouille" : Neve, une jeune femme de 20 ans, est rentrée de Yirminadingrad il y a trois mois. Depuis, le silence, elle reste sous le choc, incapable de raconter ce qu’elle a vécu. Et puis, un jour, elle se lâche, elle dit tout : elle raconte son arrivée dans le théâtre, où elle était attendue pour s’occuper du décor d’une pièce en cours de montage. Elle raconte le climat d’insécurité, ses rapports étranges avec les habitants et ses collègues, la façon avec laquelle on l’a lâchée sur ce travail sans la moindre directive, et puis, surtout, la catastrophe finale qui la tourmente tant et plus.


Sur les murs, le visage de ma mère
  • ”Sur les murs, le visage de ma mère" : le visage d’Hannah est devenu célèbre à travers le monde, après qu’un artiste l’a peinte en pleine souffrance. Hannah, le visage d’une chanteuse d’abord, puis d’une militante d’opposition, et enfin d’une victime des horreurs de la guerre ; elle qui a servi de cobaye dans un hôpital. Sa fille est là, à Yirminadingrad, revenue pour enquêter sur la disparition de sa mère. Elle rencontre ceux qui l’ont connue, et se dirige – malgré elle ? – sur le terrain de la vengeance.


Rongées, toutes les extrémités
  • ”Rongées, toutes les extrémités" : cet homme s’occupait du nettoyage d’une centrale nucléaire. Ne subissait-il pas des radiations ? Sans doute que oui, son état de santé se dégradait régulièrement. Mais ce n’était rien en comparaison de ce qu’il a finalement subi lors de l’accident : une fissure dans le réacteur, et lui qui reste coincé derrière les portiques de sécurité qui se ferment. Il va mourrir, c’est une certitude. Lui s’en réjouirait presque : dès qu’il s’endort il rejoint son ex-épouse dans les Songes ; elle l’a quitté il y a peu ; mais il pense là-bas pouvoir se réconcilier avec elle.


Rendre compte de la vérité
  • ”Rendre compte de la vérité" : cet homme a laissé son épouse planifier leurs vacances. Ils se retrouvent dans un hôtel miteux de Yirminadingrad, en compagnie de Katia, leur chauffeur. Le propriétaire des lieux les invitent à prendre un apéritif. Puis le repas, auquel son épouse ne reste pas. Notre homme se retrouve donc seul avec Katia (sur laquelle il projette ses fantasmes), le propriétaire et ses acolytes.

    Après une courte visite des alentours dévastés de la ville, notre homme tombe dans un piège, et se retrouve enfermé par l’hôtelier. Il ne retrouvera la liberté, lui explique-t-on, qu’à condition de raconter par écrit la vérité sur son séjour à Yirminadingrad. Mais quelle vérité écrire ? Jour après jour, il propose des textes à l’hôtelier, toujours refusés car prétendument faux ou éloignés de la vérité. Notre homme en vient à réécrire tant et plus ce qu’il a vécu, perdant le lecteur lui-même dans une confusion entre le réel et la fiction.

Vous aurez noté que dans chacune de ces nouvelles, le personnage principal est au coeur du récit. Et c’est en effet une constante de ce recueil : on nous sert un enchaînement de portraits sur des hommes et des femmes en prise avec la ville de Yirminadingrad. Des portraits généralement poignants. Ils se sont néanmoins révélés insuffisants pour enchanter ma lecture. J’aime qu’on me raconte une histoire ; or ici ce sont justement les portraits qui priment. J’aime également comprendre ce qu’on me raconte, et savoir qu’on m’emmène quelque part. Il est arrivé que je ne comprenne rien ; il aurait alors fallu que je relise le texte de manière plus concentrée, ce que je n’ai pas fait, fatigué à l’avance d’un tel exercice et de la certitude qu’il s’agissait d’une nouvelle éloignée de mes goûts.

Bien entendu mes propos ne sont pas valables pour toutes les nouvelles. J’ai beaucoup aimé "Cette lumière couleur de rouille", dans laquelle j’ai ressenti une tension du début jusqu’à la fin qui m’incitait à tourner les pages jusqu’au bout. Et “rendre compte de la vérité” m’est apparu comme un texte intelligent.

mon impression

Adar - Retour à Yirminadingrad est un recueil de nouvelles de qualité, c’est indéniable. Le portrait du personnage principal prime presque à chaque fois sur l’histoire, chose qu’il faut apprécier, ce qui n’est pas mon cas. Surtout, il faut apprécier être mis mal à l’aise ! Je suis un lecteur habitué des dystopies, et me confronte relativement aisément à la douleur et la tristesse, d’autant qu’elles ne sont généralement pas omniprésentes dans ce genre, les auteurs nous réservant des moments pour souffler. Mais ici c’est quelque chose de beaucoup plus insinueux et permanent : le mal-être est présent du début jusqu’à la fin ; il ne vous lâche jamais, et use de ressorts plus psychologiques que physiques : vous verrez peu de sang, mais boirez du désespoir.

La dernière fois que j’ai ressenti ce type d’impressions, c’était avec Terminus radieux d’Antoine Volodine. Ce n’est évidemment pas un hasard, puisque Léo Henry et une bonne partie de la bande de Dystopia en sont fans.


Roman disponible chez Dystopia

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