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lundi 31 juillet 2017

Cité du futur (La)..........un roman de Robert Charles Wilson

Titre : La Cité du futur
Auteur canadien : Robert Charles Wilson
Première édition en 2016
Catégorie : roman de science-fiction
367 pages

Photo du livre

Futurity, un hôtel formé de deux grandes tours d’immeubles, qui vous paraîtraient tout à fait banales si vous y jetiez un coup d’oeil. Néanmoins, elles impressionnent vivement les habitants qui vivent aux alentours. Et pour cause : elle a été construite par des gens qui viennent du futur. Des gens qui viennent du XXIème siècle ! Soit bien loin de cet Illinois de 1876.

Futurity est d’abord un business : les riches du XXIème siècle y viennent pour visiter le passé, et ceux du XIXème pour découvrir les merveilles du futur que renferme l’hôtel (des expositions, des reportages vidéo, et même un hélicoptère).

Jesse, un contemporain de cette époque, est agent de sécurité à Futurity. Le hasard l’amène à sauver la vie du président Grant, en visite à l’hôtel. Il bénéficie alors d’une promotion et se retrouve ainsi à enquêter sur un trafic d’armes du futur.

Jesse sait que son temps est compté à Futurity : Kemp, l’homme d’affaires à la tête de ce business, a promis que l’hôtel ne resterait ouvert que cinq ans. Pas plus, pour éviter de perturber trop fortement la société américaine de cette époque. Force est néanmoins de constater qu’il est déjà trop tard.

La couverture aurait pu être arrachée, au bout de quelques pages de lecture j’aurais tout de même eu la certitude d’avoir dans les mains un Robert Charles Wilson. Prendre notre société telle qu’on l’a connaît, et la perturber via un élément fort, voilà ce que Wilson adore. Il commence à avoir expérimenté un bon nombre de combinaisons possibles : l’Europe qui disparaît brutalement, remplacée par une jungle (Darwinia) ; la Terre soudain visitée par des extraterrestres qui proposent à l’humanité de quitter son enveloppe corporelle (Le Vaisseau des voyageurs) ; l’invention d’une machine capable de capter le quotidien d’un lointain extraterrestre (c’est l’incontournable Blind lake) ; ou encore le déplacement soudain d’une ville américaine dans un monde parallèle (Mysterium) ; et bien sûr son plus grand succès, Spin, dans lequel il imagine que le Soleil s’éteindra dans 70 ans. Et la liste est bien entendu encore longue.

Imaginer qu’un homme d’affaires de notre époque, Kemp, fasse construire un hôtel en plein XIXème siècle pour organiser du tourisme temporel entre donc parfaitement dans les cordes de Wilson. Et comme d’habitude avec cet auteur, son idée m’a énormément enthousiasmé. La voir à l’œuvre est assez drôle, par exemple lorsque les gens de cette époque s’extasient en voyant l’hélicoptère voler, mais également lorsqu’ils se montrent choqués de nos mœurs. Car si la traversée du miroir temporel est strictement réservée à ceux du XXIème siècle, Kemp ne parvient pas à tout dissimuler concernant notre époque. L’arrivée de touristes noirs, par exemple, témoigne à elle-seule de l’évolution culturelle que nous avons connue depuis le XIXème. Par ailleurs la rumeur selon laquelle les Etats-Unis ont été gouvernés deux mandats de suite par un noir parvient aux oreilles de ceux du XIXème, ce qui les choque énormément. Et lorsqu’ils finissent par comprendre qu’à notre époque le mariage gay est autorisé, et que les femmes ont le droit de vote, ils en concluent définitivement que nos mœurs sont dépravées.

Si cette idée d’hôtel pour touristes du futur m’a beaucoup plu, l’histoire en elle-même m’a un peu déçu. Les deux premiers tiers du bouquin donnent un peu l’impression que l’auteur cherche à meubler son roman, comme si l’intrigue qu’il avait imaginée ne suffisait pas. On a donc droit à quelques péripéties, qui nous permettent certes de découvrir les deux personnages principaux, et de comprendre comment fonctionne l’hôtel, mais qui n’ont rien de fabuleux. C’est finalement avec le dernier tiers du roman, lorsque la pérennité de Futurity est questionnée, qu’on s’attaque à mon sens à la thématique centrale de ce roman (l’impact de cet hôtel sur cette époque), et que l’on ressent vraiment des enjeux autour des personnages. Une nouvelle d’une centaine de pages aurait peut-être mieux convenu.

Autre défaut : les personnages. Les ingrédients pour les réussir sont pourtant bien présents, mais cela ne suffit pas. Peut-être justement, que ce sont précisément ces ingrédients qui posent problème : la recette de cuisine est trop visible, les ficelles trop grosses. Le lien que Wilson crée entre son personnage principal et l’intrigue générale paraît notamment trop artificiel : Jesse a vécu à San Francisco étant enfant et il en est parti en se faisant un grand ennemi. Et (comme par hasard) son travail pour Futurity l’amène à revenir à San Francisco. Il doit donc parvenir à accomplir sa mission, tout en survivant à ses démons du passé.

La fin du roman est par ailleurs très prévisible, on la voit venir longtemps à l’avance. Elle m’a tout de même un peu touché, car l’on finit tout de même par s’attacher aux personnages et à se soucier de leur sort.

mon impression

Une belle idée, dont le portrait est réussi. Il manque néanmoins une histoire digne de ce nom pour donner de l’excellence à ce roman. Le destin du personnage principal, Jesse, est trop prévisible, et manque d’originalité.

Ce roman est tout de même plaisant, et se lit très facilement. Il me paraît important d’être dur dans la critique, car il s’agit du GRAND Robert Charles Wilson. On le sait donc capable de bien mieux. Le rythme d’un roman par an, sans doute imposé par son éditeur, joue probablement contre la qualité. Avec les Affinités, il était toutefois parvenu à nous sortir une pépite l’an dernier, et j’espère donc bien qu’il y en aura d’autres prochainement. Comptez en tout cas sur moi pour sauter dessus dès leur parution en France.


Roman disponible dans la collection Lunes d’encre chez Denoël

3 commentaires:

  1. Il est dans mon programme.
    Tu confirmes donc qu'il fera partie de mes achats futurs. Merci de cette critique convaincante qui pointes les points forts de l'auteur. Je suis ravie qu'ils soient bien présents.

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  2. Je ne suis pas hyper emballé par ce livre, mais merci pour ton retour. Je pense que je lirai autre livre de l'auteur pour le découvrir.

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